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L'université populaire, c'est quoi ?
Mettre en place une université populaire c'est faire de la fac un lieu culturel ouvert à tous. C'est à dire un lieu où s'échangent non seulement des savoirs intellectuels, mais aussi artistiques, culturels... Où chacun peut venir partager, débattre, réfléchir et critiquer lors de « cours » libres dans lesquels tous sont sur un pied d'égalité. Cela implique donc d'abord de déconstruire le rapport de domination prof/élèves, afin que le savoir se construise et se transmette collectivement, que chacun puisse exprimer ses connaissances sur le sujet du « cours » que personne ne dirige celui-ci, ni n'en détienne les clés. Cela signifie ensuite de pouvoir choisir et proposer ses cours. Le but est de décompartimenter le savoir ; on étudie ce que l'on aime, ce que l'on veut, l'éducation vise donc à l'épanouissement de la personne, on étudie pour soi pour construire sa personnalité, forger son esprit, s'émanciper, et non pour devenir un être économique utilisable par la société.
L'université populaire, pourquoi?
Tout d'abord parce que faire grève, au delà de la simple fonction revendicative que cela revêt, est l'occasion d'une réappropriation et redéfinition libre des différentes facettes de l'existence et notamment de celle du savoir, de sa transmission et de son partage entre les êtres, qu'il serait dommage de ne pas saisir.
Ensuite et surtout parce que le système scolaire tel qu'il est actuellement nous apparait plus qu'imparfait, que nous le remettons en cause et avons des visions et projets différents pour l'université à exprimer. En effet, nous constatons que, sous couvert de nous enseigner la science et la culture, ce système scolaire nous prépare en réalité à accepter le monde tel qu'il est et à nous y intégrer de manière docile pour devenir ou de bons travailleurs-consommateurs au service de l'économie, dénués de tout esprit critique, ou de pauvres chômeurs devant servir de responsables à tous les maux de la société tout en ressentant combien il sont minables, en échec, feinéants et bons à rien. Au delà de cela, le discours scolaire est là pour imposer l'évidence qu'il n'est pas lieu d'attendre que les idées transforment une existence, encore moins un monde, une société. Tout au plus s'agit-il de comprendre ce monde, de l'interpréter, mais jamais de le remettre en cause ni de le transformer.
C'est tout ce fonctionnement que nous rejetons car pour nous l'éducation doit viser à l'épanouissement et à l'émancipation des individus, nous voulons acquérir des connaissances pour ouvrir nos esprits, pour avoir les outils et les armes qui nous permettrons de mieux comprendre et agir sur le monde, ne plus en être les sujets passifs mais bien en devenir les individus critiques.
L'université populaire, comment ?
Tout d'abord l'université populaire devrait amener la subversion de la hiérarchie universitaire qui repose en partie sur la division factice et abrutissante entre enseignants et enseignés. C'est pourquoi nous proposons des cours alternatifs où le débat, la prise d'initiative et l'autonomie intellectuelle seraient parties prenantes d'un processus d'émancipation collective. Les cours pourraient se dérouler de la façon suivante : dans un premier temps, un exposé, un film, un(e) ou des intervenant(e)s extérieurs, etc. Dans un second temps, un débat, une discussion conflictuelle, ouvert à toutes et à tous (y compris aux personnes extérieures à la fac) ; cette seconde partie devrait constituer la majeure partie du « cours ». Afin d'éviter la reconduction de la figure du spécialiste-expert, qui dispense son savoir sous la forme d'un one man show, nous invitons les personnes à préparer un tant soit peu les discussions, et les invitons même à proposer des « cours ». Dans cette perspective de remise en question des cours à l'université, il va de soi que les examens n'ont pas leur place. Oublions les un peu et faisons en sorte de mettre à l'épreuve le savoir au sein même de nos vies.